L’art peut devenir passion, on le sait. Et souvent, comme telle, il ne laisse aucune place à d’autres loisirs ou occupation. Si cela rend souvent difficile le parcours académique de bien de jeunes, Emeline, elle, a su garder l’équilibre sans laisser éteindre la flamme qui brûle en elle : celle de la scène en général, et de la danse traditionnelle en particulier. Ancrée depuis son enfance dans la culture bissa, notamment la danse « son patrimoine, son identité », elle est titulaire d’une licence en droit obtenue sans avoir renoncé à sa passion. Comme elle le clame, son parcours est « guidé par l’envie de valoriser la culture africaine à travers l’expression corporelle ».

Attirée par l’art, choisie par la danse (le Djecka)
Oussoufo Émeline Gouba est encore lycéenne lorsque les activités artistiques et culturelles commencent à l’intéresser. Mais, parlant précisément de la danse, elle avoue que la démarche fut inversée : « la danse traditionnelle, particulièrement bissa, elle par contre, m’a trouvée avant que je ne la choisisse. Cela m’est venu naturellement car on ne m’a pas appris cette danse ».
Maitrisant parfaitement les différents pas de cette « danse énergique, rythmée et expressive, profondément liée à l’identité du peuple Bissa ». Ainsi, énumère-t-elle, il y a d’abord le “Djecka”, qui « se caractérise par des mouvements dynamiques du bassin, des pieds et des épaules » ; ensuite, le “Saar”« une danse d’affirmation de soi ». Enfin, considéré comme « une danse guerrière », vient le “Gaama”.
Même s’il existe d’autres variantes, il faut reconnaitre que c’est le Djecka qui est le vocable utilisé pour désigner en général la danse bissa ; avec des pas accompagnés de percussions traditionnelles qui donnent toute sa beauté à ce qu’elle adule comme « une danse de célébration, de cohésion sociale et de transmission culturelle ».
À la conquête des grandes scènes
Étant en parfaite symbiose avec cet art, elle finit par comprendre que la danse lui servait de « moyen de connexion » à ses racines. Pour mieux aiguiser sa pratique, elle n’hésite pas à se lancer dans des formations. « À travers des ateliers de danses et des expériences de sur terrain », la jeune danseuse renforce ses capacités, contribuant à la professionnalisation de son art pour lequel elle nourrit de de grandes ambitions.



Salon international du tourisme et de l’hôtellerie de Ouagadougou (SITHO), Semaine nationale de la culture (SNC), Nuits atypiques de Koudougou (NAK), voici de grandes scènes d’expression qui ont accueilli Émeline. Entre autres spectacles, événements communautaires et projets de valorisation des danses traditionnelles, notamment autour de la danse bissa, elle ne rate aucune occasion : « j’ai fait quelques tournées nationales avec le Ballet national », précise-t-elle fièrement.
Promotrice très engagée du Djecka
A partir de son expérience, Emeline s’investit déjà dans la formation d’autres passionnés à travers l’animation d’ateliers. Dans la même optique de promotion du Djecka, elle enchaine des prestations scéniques aux côtés d’artistes chanteurs devant des publics qui se laissent facilement conquérir par son talent, sa maitrise. Elle multiplie également les publications sur les réseaux sociaux et les collaborations culturelles pour, dit-elle, « toucher aussi bien les jeunes que le grand public. »


Dans ce combat pour faire rayonner davantage son patrimoine culturel, la jeune danseuse arrive, « avec beaucoup de discipline, à maintenir l’équilibre entre études et danse », même si, à la longue, vivre pleinement de sa passion est son plus grand souhait. C’est pourquoi elle veut imprimer sa marque dans l’évolution de cette danse : « j’essaie d’y apporter une touche moderne tout en respectant l’authenticité, et en créant des fusions avec d’autres styles, sans jamais perdre l’essence traditionnelle ».
Incarner la « Reine héritière du Djecka »
Aujourd’hui, Emeline continue de se former, tout en transmettant son savoir-faire. Le plus grand rêve qu’elle chérit, chemin vers son plus grand rêve : « devenir la plus grande héritière du Djecka en conquérant plus de scènes nationales mais aussi internationales ».
Celle qui se fait déjà appeler “la Reine du Djecka”, pour le plein accomplissement de ses ambitions veut avoir sa propre troupe de danse dans un avenir auquel elle a foi. À l’endroit de la jeunesse africaine, elle adresse ce message : « croyons en notre culture, valorisons nos racines car notre culture est notre richesse ; préservons-la. »
La Rédaction